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Interview de Bojan Z (suite)

< début de l'entretien  

Le problème quand même à l'époque, c'était ce que j'allais devenir… le jazz n'était pas un « métier sérieux ». Jusqu'au jour où, en 1986, j'ai eu une bourse de la part des américains, qui offraient cela à un musicien jeune (jusqu'à 18 ans) jouant du jazz. A l'époque, il y en avait assez peu en Yougoslavie. Je suis donc parti aux États-Unis : grande découverte ! Comme si on ouvrait les fenêtres dans une chambre en faisant un grand courant d'air ; j'ai découvert que cette musique pouvait être jouée devant 2000 personnes sans aucun problème, qu'il y a plein de jeunes filles dans le public aussi qui semblent intéressées, et en même temps ça me consolidait un peu dans l'idée que cette musique est la plus belle du monde. Pas seulement la musique mais également des règles du jeu, la liberté et tout ce qui allait avec. Ça ne veut pas dire que je pensais que tu es le maître deu monde en jouant du jazz aux États-Unis, bien au contraire. Les jeunes musiciens américains avec lesquels je jouais passaient en fait leurs journées à écouter Madonna et Bon Jovi, et de la même manière qu'ils écoutaient ça, ils jouaient de la trompette, des standards… c'est une culture très très peu profonde. Je me suis retrouvé en fait quand j'étais là-bas à jouer avec les profs parce qu'il était évident dans ce que je jouais que je connaissais tous les disques, tous les solos par coeur. Du coup je me suis retrouvé à jouer tous les jours. Comme je suis resté deux mois dans cette école, c'était une très bonne expérience parce que je faisais cette musique là-bas, d'où elle venait ; à l'époque j'étais complètement orienté vers le jazz américain. En revanche, je n'ai pas trop accroché à la mentalité et au mode de vie. Ayant mon service militaire à effectuer, je suis revenu le faire en Yougoslavie en 1987. J'avais quelques mois de libres avant de faire mon service ; j'ai regardé le panorama des possibilités, et en fait j'avais fait tout ce que je pouvais faire en tant que jeune musicien de jazz, j'avais la place de pianiste du Big Band de la radio de Belgrade, le « top »… un peu marée basse, j'étais avec tout mon enthousiasme, entouré des vieux mecs qui me regardaient de travers, d'un air de dire « vas-y, vas-y, tu vas te décourager très vite. » Pas vraiment un milieu favorable pour te faire avancer. A partir de là, c'était évident pour moi après le séjour aux États-Unis qu'il faudrait que je sorte de là.

Mais j'ai fait mon service militaire au cours duquel j'ai dû accepter la culture que je rejetais complètement, la musique folklorique que je détestais. Là, pour garder le contact avec l'instrument, j'ai accepté d'être le chef de l'orchestre qui jouait tous les soirs la musique des bals pour les officiers, ce qui était tout de même pour un soldat une place très privilégiée. Finalement, ça a été une très bonne chose parce que je me suis retrouvé à chanter cette musique, à la jouer. Le problème avec cette musique sur place, c'est qu'il y a une grosse couche de kitsh et de la mauvaise musique, derrière laquelle se cache toute la beauté de la musique de source, la musique réellement folklorique qui tire ses racines des siècles passé. J'ai terminé l'armée, j'ai rencontré ma femme - qui est française -. Entre-temps, il ne faut pas que j'oublie qu'il y a eu des stages de jazz. C'est là en fait que j'ai commencé. En 84, il y a eu un stage de jazz pendant l'été, tenu par Boj Piotrapovitch qui est un vibraphoniste du Zagreb, avec toute une clique de musiciens croates… et j'y étais en 84 parce que j'avais lu qu'il y aurait des claviers, pianos électriques, et c'est ça qui m'attirait. Sur place, finalement, il n'y avait qu'un Fender Rodhes et les pianos… Tous les étés suivants, j'y allais parce que c'était le seul endroit où on pouvait partager ses expériences avec des musiciens venant d'autres pays du monde. J'ai commencé également avec le groupe de Belgrade à jouer dans des festivals en Yougoslavie. Je suis venu en France en 88, et du coup, une fois parti, on m'a proclamé « meilleur jeune musicien de jazz » en Yougoslavie en 89 alors que je n'y jouais plus, mais ça m'a fait bien sûr plaisir. À partir de là, toutes mes activités sont plutôt centrées en France.

Quelle image avais-tu à cette époque du jazz en France ?
C'est très marrant. À cette époque à Belgrade, le mois d'octobre était la période des festivals de jazz, où tous les grands noms venaient, mais le reste de l'année, il ne se passait pas grand'chose, sauf le Centre Culturel Français, qui organisait très souvent des concerts, et c'est là par exemple que j'ai vu pour la première fois le groupe d'Henri Texier, Bernard Lubat et pas mal d'autres choses, et automatiquement, ça donne une image spécifique du jazz français. C'est une des choses qui m'a donné envie d'aller à Paris plutôt qu'aux Etats-Unis.

Et tu adhérais à ce jazz-là par rapport au jazz traditionnel, au bop ou à la fusion ?
J'ai trouvé marrant tout le côté théâtral qu'on trouvait chez Bernard Lubat, le mélange avec la musique celtique, le tout lié au swing, aux paramètres importants pour que ça puisse être appelé « jazz ». Ça m'a aidé, et ça m'aide toujours, parce que je suis toujours conscient des choses qui m'aident à différencier l'attitude jazz des autres attitudes. J'ai rencontré également un autre musicien à Belgrade, c'est Noël Akshoté. En arrivant à Paris, je me suis inscrit au CIM, avec l'envie de continuer les études, et le seul musicien que je connaissais, c'était Noël. Je suis allé l'écouter un soir au Sunset avec son quartet, on a passé la soirée ensemble. À l'époque, il n'était pas free, Il aimait plutôt Chet Baker, Philippe Catherine, etc. mais il était déjà tourné vers Paul Motian, Joe Lovano, les disques d'Henri (Texier)… C'est là que j'ai commencé à travailler avec lui en duo, et par la suite on a fait un quartette avec Gary Breten et Daniel Bruno-Garcia, qui sont venus au CIM la même année que moi. j'ai commencé à jouer là où il y avait des jam-sessions, j'ai pris contact avec les musiciens, j'ai passé le concours de la Défense. J'ai commencé à monter mon quartette, et Henri a eu l'occasion d'en écouter une maquette, qui l'a intéressé. Il m'a appelé, m'a présenté ses morceaux en profondeur, et depuis je joue avec lui, ce qui m'a permis également de mieux faire connaître mon quartette.

La suite, on la connaît, avec Henri Texier, avec son propre quartette, avec Julien Loureau ou encore N'Guyen Lê, et sa résidence en Basse-Normandie dont il entame la deuxième année.


Discographie sélective

sous son propre nom :

Bojan Z Quartet (label bleu 1994)

Yopla ! (label bleu 1996)

Koreni (label bleu 1999)

Solobsession (label bleu 2001)

avec Henri Texier :

Azur Quartet (label bleu 1993)

Mad Nomads

avec Julien Lourau :

Julien Lourau Groove Gang (label bleu, 1995)

avec Nguyen Lê :

Maghreb and friends (act, Night & Day, 1998)

Sur Internet

Interview dans le webzine "Le jazz"

 

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