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Interview de Sylvain Luc (suite)

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Peux-tu nous décrire ce qu'est le « bersolarisme », qui justement fait le lien entre tes origines géographiques et la notion d'improvisation ?
Oui, c'est une très vieille tradition. Il s'agit de poètes basques qui chantent en vers dans la langue basque, et qui s'appellent les « bersolari ». On est sans doute issus de cette tradition, c'est clair. C'est très étonnant à voir, ils chantent, improvisent la musique aussi bien que les paroles, en fonction de ce qu'ils vivent au jour le jour, ils créent des sortes de poèmes instantanés.

Tu joues en général dans de petites formations, duos, trios… c'est lié à la liberté que tu trouves dans ces formules ?
Je pense que moins on est nombreux, plus on profite de l'autre. On a vraiment l'occasion de profiter humainement et musicalement. Ça devient beaucoup plus compliqué avec un big band… je ne monterai pas de big bang, je le dis ! (rires) Mais j'écrirai peut-être un jour pour un symphonique, c'est autre chose…

Tu as eu justement la commande d'une partition pour 25 guitares, pour les « Internationales de la guitare »
Oui, il y avait 25 « hallebardes » devant moi, et il fallait les faire jouer. C'était une expérience assez intéressante, parce qu'il y avait beaucoup de guitaristes classiques, souvent difficiles à décoincer. Ce que j'avais demandé au départ dans le cahier des charges, c'est qu'il y ait aussi bien des guitaristes folk, jazz ou autres, que ce soit « le bordel », et c'est en fait devenu un truc assez rangé avec une sélection de guitaristes qui jouaient bien. Mais je me suis rendu compte par exemple que je ne savais pas diriger 25 guitares ! Et puis il n'y avait pas vraiment d'improvisateurs, c'était parfois un peu compliqué, avec des harmonies complexes. Je ne pense pas que c'est quelque chose que je recommencerai. J'ai plus l'ambition de monter un jour quelque chose pour un orchestre de chambre ou un symphonique.

As-tu l'intention de te produire à nouveau à la basse, sur disque ou sur scène ?
Non. À l'origine, je m'étais mis à la basse parce que Louis Winsberg me l'avais demandé, enfin j'en ai fait beaucoup pour des séances de variété, mais je ne comptais pas en jouer sur scène. À la suite d'un bœuf, Louis a tellement insisté pour que je vienne dans son groupe que j'ai accepté. C'est un métier, bassiste. Et j'ai trop envie de jouer de la guitare. J'adore le rôle de la basse un soir… je peux me « déguiser », mettre l'habit de bassiste pour un soir, mais j'ai trop envie de mettre ma couleur harmonique, rythmique, je suis trop bavard…

Tu fais d'ailleurs des clins d'œil à la basse lorsque tu joues de la guitare, certaines techniques de slap notamment.
Oui, j'aime me servir de la guitare comme d'un instrument « multi-fonctions », multiforme, parce que finalement, c'est un instrument intéressant, mais jusqu'à un certain point. C'est rapidement très connoté, on joue vite, ou « à la manière de ». C'est un instrument jeune, il y a encore quantités de choses à découvrir, et il est temps de s'y pencher. Beaucoup de gens jouent dans le même moule. À mon avis, il faut se prendre un tout petit peu la tronche pour essayer de casser toutes ces barrières. Essayer.

C'est ce que tu fais en défrichant, en tirant de l'instrument des choses assez inédites, avec souvent un côté ludique.
Oui, c'est important. De toutes façons, le rapport ludique, c'est le rapport à la musique. Si tu es garnement, gosse, tu garde ce côté-là. Ça transparaît de toute façon, tu ne peux pas mentir. D'autant plus que si tu improvises, tu es obligé de dire qui tu es, tout simplement.

 
fin de l'entretien
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