Comment se situe
le jazz dans ton parcours musical ?
Je me retrouve dans le jazz au
niveau de l'improvisation, et la manière de développer cette
improvisation. Il est clair que je joue davantage du jazz que du
classique, mais je cherche à faire évoluer ça, je ne sais pas si ça
s'appellera du jazz… C'est vrai que je puise beaucoup aussi dans le
folklore basque, j'ai fait du rock'n'roll également, une sorte de
mélange au final. Par contre, le jazz-rock ou la fusion m'intéressent
beaucoup moins, je cherche quelque chose de plus « pur »…
plus roots, dans les racines, donc en fonction de mes propres racines.
J'ai écouté beaucoup de jazz, mais aussi de la variété, de la
musique classique, toutes sortes d'influences différentes.
Tu t'investis depuis relativement peu de temps
dans ta carrière en solo. Pourquoi si tard ?
On n'a pas toujours le choix… Chaque chose en son temps. J'ai
appris beaucoup de choses en faisant de la production, en travaillant
avec des chanteurs, en jouant avec des africains. Je pars du principe
que j'avais mon apprentissage à faire (que je continue d'ailleurs
toujours). J'ai eu beaucoup de chance de jouer avec des africains, des
brésiliens, en jouant vraiment la musique de chez eux et avec eux.
Même avec Jaïro où toutes les chansons n'étaient pas forcément
intéressantes, mais il y avait toujours à un moment donné un
tango : un vrai tango argentin avec un vrai argentin, pas un tango
« de bal », mais tu joues avec les avances, les ralentis, tu
touche davantages le pays et tu commences à comprendre un petit peu
cette musique… c'est un vrai privilège.
En parlant de racines, on voit beaucoup de
musiciens du sud actuellement. Comment expliques-tu ce
« mouvement » ?
On dit souvent qu'il n'y a pas de hasard, mais là, je crois que
c'est un peu le fait du hasard s'il y a autant de musiciens de la même
génération, Thierry Eliez, Jean-Marie Ecay, Francis Lassus, Frédéric
Gaillardet, Nicolas Fillatreau… Parce que dans le sud-ouest, il ne se
passe pas grand-chose. Il y a plus une tradition de musiciens dans le
sud-est, qui se forgent le mieux possible, qui vont « monter à la
capitale », Paris…
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On trouve parmi
eux beaucoup de musiciens qui ont « fait le métier », plus
que dans d'autres régions me semble-t-il
Sans doute parce qu'on a la chance, aussi bien dans le sud-ouest que
dans le sud-est, d'avoir encore des orchestres. Ceci dit, il y en a de
moins en moins. J'ai fait du bal très longtemps, c'est la meilleure
école par laquelle je suis passé, vraiment.
L'improvisation est au cœur de ta musique. Tu
souhaitais à une époque monter une formation complète où tout le
monde improviserait. Qu'en est-il aujourd'hui ?
Je me suis calmé vis-à-vis de ça. Les choses évoluent, on
développe quelque chose de différent. C'est vrai que ce serait un
rêve absolu, de pouvoir trouver des gens qui devinent, mais il faut
toujours qu'il y ait un leader. Monter une formation complète sur ce
principe serait plutôt de l'ordre de l'utopie. On peut se connaître
très bien quand on joue avec d'autres musiciens, mais j'ai bien peur
que l'improvisation instantanée à plusieurs ne devienne free-jazz.
L'improvisation comme je l'entends suppose toutes les notions
harmoniques, rythmiques, dont il faut avoir la maitrise. On doit
maitriser ce qu'on joue, raconter ensemble la même histoire, et c'est
très difficile. Il y a d'excellents musiciens, mais ça demande une
ouverture d'esprit, une maturité, et c'est très compliqué à faire.
C'est une expérience que tu as déjà
réalisée, mais en « petit comité », avec Francis Lassus
par exemple.
Oui, c'est quelque chose qui fonctionne à deux, c'est clair… avec
Francis, avec Louis (Winsberg), avec tous les duos, on peut aller vers
l'improvisation totale, mais c'est plus difficile déjà en trio. Avec
Jean-Marc et Dédé, c'est possible, on peut partir en improvisation
totale, décider de jouer un morceau qui n'existe pas et le créer sur
place. Ça peut arriver, et c'est grisant !
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