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Interview de Jean-Benoît Culot (suite)

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Anda (1990)
195 x 130 cm
(Dessine-moi
une musique
de la terre
)
Il y a musique, mais aussi la peinture, qui semble être une spécialité des batteurs (Daniel Humair, Bertrand Renaudin, toi…)
   C’est vrai qu’il y a beaucoup de "peintres/batteurs", mais il y a sûrement des musiciens qui sont aussi peintres et qui ne sont pas batteurs. Je peins depuis que j’ai 12 ans, j’ai toujours fait ça, j’ai eu un atelier de peinture, et puis j’ai fait des expos, ça marchait bien ; j’ai une peinture plutôt abstraite, avec de la terre… C’était un peu le début d’Eniotna
   Dessine-moi une musique de la terre, c’est une commande d’expo, de musique donc on a fait un petit disque-catalogue, on a fait pas mal de concerts avec la peinture, donc ça m’a poussé, j’ai mélangé… on est tout seul en peinture, donc c’est beaucoup plus calme, mais étant seul, c’est beaucoup plus dur quand ça se passe mal. J’aime bien peindre mais l’année dernière, on s’est fait virer de la volute donc je n’ai plus d’atelier, je n’ai plus beaucoup de temps, mais en vacances je repeins, j’ai deux trois expos à venir, mais c’est devenu un hobby alors qu’avant j’essayais vraiment de faire les deux. Mais c’est comme la musique, la peinture, ça demande beaucoup de travail, surtout quand on est autodidacte.

Dans ton jeu, que ce soit dans Eniotna ou avec ton quintet, l’écoute est très
importante …

   Je crois que c’est la priorité de tout musicien. C’est vrai que le batteur a peut-être une image de celui qui tape, qui fait le tempo et qui n’entend rien. En fait non, je crois que le batteur, surtout le batteur de jazz, doit vraiment être musicien, sinon autant avoir une boîte à rythme, ce que font beaucoup de musiques, disons rock, etc. En plus j’ai eu un problème de tendinite, pendant quinze jours, j’ai joué avec un seul bras, et là, l’écoute est encore plus terrible parce que tu es tout nu avec ton bras droit, tu écoutes, tu écoutes, et tu va ponctuer, faire vraiment le minimum, mais en fonction de l’oreille…
   Je préfère être musicien que batteur. Je travaille pour devenir un bon batteur de jazz parce que j’ai des lacunes, il faut toujours s’améliorer, notamment la technique, mais la musique c’est plus important, il faut le swing et le tempo. Le swing, ça se travaille ; Simon Goubert dit qu’il faut environs vingt ans pour avoir un bon chabada, je crois qu’il a raison, ça se cultive, mais le swing, si tu n’en as vraiment pas, c’est difficile d’être batteur de jazz. Après, le tempo, ça se travaille, et la musique, c’est l’écoute, c’est savoir où tu es dans la grille… Si le batteur est perdu… comme disait je ne sais plus qui, le batteur, c’est 70% de l’orchestre : tu mets un très bon batteur avec un groupe très moyen, ça peut donner un bon groupe ; un très bon groupe avec un batteur qui ne joue pas, ce ne sera jamais un bon groupe. D’où la batterie dans le jazz, qui a été inventée en fait pour le jazz, à tel point qu’on disait "va chercher ton jazz", pour dire "va chercher ta batterie".
   C’est le drame des jeunes batteurs, il veulent jouer très technique, comme Dave Weckl ou Steve Gadd, alors qu’installer un tempo à la noire sur une cymbale, ting ting ting, ils ne savent pas. Pourtant il faut que ça swingue, que ça balance. A ce sujet-là, le prof de batterie que j’avais quand j’étais à Caen, qui s’appelle Roger Durel m’a appris à aimer la musique de jazz ; pour ça, il m’a vraiment appris la musique, parce que la technique, tout le monde peut apprendre la technique, mais la musique…

Justement, Aldo Romano compte beaucoup pour toi…
   Voilà, c’est le batteur musicien. Moi j’adore Aldo, j’ai deux morceaux : Odela c’est Aldo à l’envers, et Onamor, joué à la flûte dans Eniotna et qui veut dire Romano à l’envers. C’est un thème un peu italien. J’aime beaucoup les thèmes d’Aldo, des thèmes très simples mais qui sont très émotionnels, il joue de la batterie vraiment "terrible", mais pas du tout technique, pour moi c’est un grand batteur, parce que c’est un grand musicien.

Tu as eu l’occasion de le remplacer pour un concert, je crois ?
   Oui, ça a été un peu le début de l’aventure de Paris, quand Emmanuel Bex en 93 m’a appelé pour remplacer Aldo Romano au Petit Opportun, avec lui et Eric Barret. j’étais mort de trouille, mais j’y suis allé, et ça s’est pas mal passé, puisque depuis je joue à Paris régulièrement.

 

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