Jazz, médecine, rock, peinture,
ça fait beaucoup pour un seul homme
Tu peux nous
raconter ton parcours ?
Dabord jai commencé la
batterie tard, cest-à-dire à pratiquement 18 ans.
Jétais en première, avec mon ami Rémi qui
maintenant est comédien. En écoutant Gilbert Bécaud un
jour, on était ensemble dans une pièce et il nous a dit
"et pourquoi pas nous ?". Alors il a
désigné Bruno "toi tu seras guitariste",
Hubert "tu seras bassiste", et il ma dit
" toi Jean-Benoît, tu seras batteur" et
jai dit "oui, pourquoi pas ?", et
donc je suis devenu batteur par hasard. Jai vendu
les trains électriques de mon père pour macheter
une batterie, une Asba, et on a commencé à faire du
RocknRoll avec cette formation-là, mais sans
rien connaître, donc on faisait juste les premières
notes des morceaux, très fort et très longtemps, et on
avait une copine qui était flûtiste classique qui nous
repiquait les solos de Deep Purple, et on a commencé
comme ça, par le rock
Et ça
a évolué rapidement ?
Oui, mon premier prof,
cétait Patrick Janvresse, qui était le batteur
dArchipel pendant assez longtemps, cétait un
bon groupe des années 70. Il était avec moi au Lycée
à Bayeux, le midi il est venu me donner deux-trois
cours. Le premier disque quil ma mis
cétait Neil Young, Harvest, "Old
man", tu sais
toum toum tac, et voilà,
jai essayé de faire ça. Pendant un an ou deux on
a fait du rock, et après je suis venu à Caen, jai
commencé médecine, mais jai continué à faire du
rock, et après la troisième année de médecine, on a
décidé avec le groupe quon serait pratiquement
professionnels, cest-à-dire quon répétait
tous les jours (le groupe de rock, toujours). On avait
notre sono, on avait acheté notre camion, le groupe
sappelait Overdose.
Au
bout de combien dannées ?
Cest devenu Overdose
très vite, avec les mêmes copains depuis le début et
jusquen 79, on a écumé un peu toutes les MJC et
les bars du coin. On a fait le Golf Drouot, on était
deuxièmes derrière Bye Bye Turbin, qui était un autre
groupe de Caen. On a enregistré des bandes, en 77-78, et
les maisons de disques trouvaient ça très bien, mais
trop bien, on faisait du Doors, Santana, des compos, mais
le Punk arrive à cette époque-là, et nous étions
beaucoup trop cleans, ils préféraient des jeunes
groupes qui ne savaient rien. Vu que ça ne marchait pas,
notre guitariste nous a dit quil arrêtait, donc
ça sest fini en mai 79.
Quand le groupe sest arrêté,
jétais vraiment triste, et il a fallu attendre
lété 79 pour aller à Nice par hasard avec une
amie, pour me retrouver à la grande Parade du Jazz à
Nice, mais à lépoque le jazz membêtait, je
naimais pas, je nen écoutais pas. Et puis
jy suis allé, et là ça a été le grand choc,
parce que là, je voyais les musiciens monter leur
batterie devant, ça swinguait naturellement, Lionel
Hampton, Panama Francis, Hal Grey, Stan Getz, jai
vu tous ces gens-là et jai trouvé que
cétait simple, et jai dit "ça, ça me
correspond, je vais faire du jazz".
Donc, je suis rentré, et on a
commencé en 79 à faire du jazz avec le saxophoniste,
Dominique Marc, qui était le sonorisateur
dOverdose, il sétait mis au sax, et le
bassiste électrique Thierry Houot, qui est toujours à
Bayeux dailleurs, il sest mis à la
contrebasse, et on répétait à trois dans notre cave,
dans la cave de mes parents à Bayeux, et on faisait des
blues, jazz, quoi, acoustiques, et on a rencontré Gilles
Petit, qui habitait à Cairon, et on a fait Patch Work.
Là, cétait plutôt "swing fête de la
bière", jusquen 82, on a fait un disque en
81, et donc ce groupe a été vraiment le début dans le
jazz. Dans lentrefaite en 81, Tony Pagano était
arrivé à Caen, et comme je le dis, cest vraiment
un tournant pour mes oreilles : du jazz quon
faisait, des trucs très simples, le be bop est arrivé,
et puis Wayne Shorter tout dun coup, et là on a
commencé à jouer avec Dominique Voquer et Tony Pagano,
qui jouait aussi dailleurs avec Patch Work, avec
plein de gens. Tony ma vraiment appris le jazz, il
ma conseillé daller à Boston, au Berkley
College of Music. Jy suis allé en 83, trois mois
intensifs, et là ça été le choc parce que je me suis
aperçu que cétait vraiment une musique difficile,
quil fallait beaucoup travailler, et jai
même fait anesthésie pendant un moment, javais un
peu arrêté la musique.
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