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Dans
ton album, tu as l’impression d’avoir pu donner plus de toi-même ?
Oui, quand on
fait son propre projet, c’est un peu comme un bébé, il faut que ça
mûrisse, qu’il naisse, grandisse, il faut s’occuper de lui, réfléchir :
le parent idéal n’existe pas, donc on apprend avec ses erreurs, on
s’autocritique et on continue. J’essaye d’aller au-delà des
notes, du rythme et des accords, une musique peut être très vite stérile
quelles que soient les connaissances qu’on croit avoir acquises, ce
qu’il faut, c’est une histoire, ce qui permet à un auditeur ou à
un musicien d’apprécier un autre artiste si son message est profond
et sincère, quel que soit le degré de technique utilisé. C’est ce
qui fait que j’ai autant de plaisir à écouter un bon vieux blues
ou une sonate de Bach.
Depuis
les années 90, on te retrouve plus en avant dans un certain nombre de
projets…
Ce qui se
passe, c’est que mes collaborations sont devenues plus officielles.
À un moment, j’ai demandé que ce soit dit. Avec Sting par exemple,
j’ai co-écrit des morceaux, j’ai fait souvent des co-productions
avec des gens sans que ce soit noté sur les pochettes. Et puis
c’est vrai que récemment, il y a eu le duo avec Kenny Barron,
c’est peut-être à ça que tu faisais allusion, un disque où
j’ai programmé, arrangé tous les morceaux, j’en ai écrit
quelques-uns, choisi le studio, l’ingénieur… C’était un
travail énorme, et effectivement plus officiel.
Tu
es bien sûr en pleine tournée après la sortie de ton album, mais
quels sont les projets en cours ?
Un autre
album, bien sûr, mais pas tout de suite, et il y a aussi d’autres
musiques de films, notamment un projet pour la Rain Forest, la défense
de la forêt amazonienne avec les indiens Kayapo. Je discute également
avec Laurent Garnier, on verra ce qu’il en advient. Je travaille pas
mal avec les DJ en ce moment, je m’intéresse à beaucoup de choses.
Je me suis retrouvé l’année dernière dans une rave avec
deux amis, à nous trois, on explosait la moyenne d’âge (rires). Je
me suis farci de la techno jusqu’à 8 heures du matin pour voir ce
qui se passait. Ça ressort un peu sur l’album, mais surtout sur scène,
on a des petites épices par moments… La House, le Dub,
tout ça m’intéresse. Il y a eu plein de mouvements, le rock, le
reggae, le jazz un peu ; avec les mouvements actuels, Trip-hop,
Dub, Techno, ça me fait vraiment plaisir de voir des
gens s’éclater, sans a priori, jaune, vert, noir, blanc, pas de
plans drague tout ces trucs, c’est vraiment pour le plaisir. Je
trouve ça fabuleux, c’est vraiment rare de voir un mouvement de
cette envergure. Je vois des passionnés fous de musique chez les DJ,
et je crois qu’ils redonnent aux musiciens une perspective de la
musique. C’est assez facile de sombrer dans un côté cérébral en
musique, on travaille les gammes, les rythmes, on utilise tel
accord… c’est super de chercher, fouiller, mais le discours est
simple : ça doit toucher au cœur, au plus profond de l’âme.
Tu peux le faire avec un renversement incroyable à la Herbie, et ceux
qui ne le connaissent pas font sentir quelque chose sans même savoir
quel accord c’est. Ceux qui connaissent vont être impressionnés et
les autres trouveront simplement ça beau. De la même façon, un DJ
va faire un mix à un moment, ça peut être un coup de pot fabuleux
comme un truc calculé, il va se passer quelque chose d’étonnant,
et je trouve intéressant de se pencher sur ça. Tous ne sont pas
bons, mais il y a vraiment des gens fabuleux.
Tu
utilises beaucoup l’électronique toi-même…
Absolument.
Longtemps, j’ai été contre l’électronique, et puis je me suis
remis en question. Je n’aimais pas ce qui se faisait en électronique,
surtout du côté des percussions, en fait je me suis aperçu que ce
ne sont que des outils et qu’il suffit de les utiliser avec goût.
En fait, même si on est pur et dur, quand on écoute un piano sur un
disque, il y a quand même eu un micro, une console, une séance de
mastering, et dans ce cas, où est la véritable acoustique ? En
fait, avec l’électronique associée à l’acoustique, on peut étendre
la palette vers les graves et les aigus, faire plein de choses intéressantes.
Quand en jazz, tu fais un trio avec le B3, l’orgue Hammond, ça a
une puissance énorme, ça a la puissance du rock dans le jazz, il y a
également le piano Fender Rhodes avec un son qui jusqu’à présent
n’a pas été remplacé… C’est çà aussi l’électronique. Un
Wurlizer qui coûtait trois fois rien, c’est à la mode maintenant
et ça coûte une fortune, ça n’est pas toujours très juste mais
ça a une vrai qualité de son.
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Biographie succincte
Mino Cinelu est né le 10 mars
1957 à Saint-Cloud. Avec un père chanteur et deux frères musiciens
(Patrice, guitariste et Jean-Jacques, bassiste), il est baigné dans
la musique dès son enfance, et ne tarde pas à faire ses débuts
professionnels, à 14 ans. Pendant les années 70, on le retrouve dans
une pléïade de formations, accompagnant aussi des chanteurs (Bernard
Lavillier, Colette Magny). A la fin des années 70, c'est
l'installation à New York, où il sera remarqué par Miles Davis
qu'il accompagnera sur plusieurs albums, puis par Joe Zawinul, ce qui
lui vaudra d'être membre de Weather Report à partir de 1984. Mais on
peut également citer "en vrac" Dizzy Gillespie, Peter
Gabriel, Sting, Lou Reed, Herbie Hancock, Michel Portal, Bernard
Lubat, et bien d'autres encore. Dans les années 90, on continue de le
voir jouer avec quantité de musiciens, notamment sur des projets plus
personnels comme l'album en duo avec Kenny Barron ou son album solo.
Discographie
sélective
Miles Davis - We want
Miles 1982
Weather Report -
Sportin' Life 1985
Weather Report - This is
this 1986
Miles Davis - Star
People 19
Michel Portal -
Turbulence 1987
Sting - Nothing like the
sun 1987
Kenny Barron / Mino
Cinelu - Swamp Sally 1995
Mino Cinelu - Mino
Cinelu 1999
Mino Cinelu - Quest
Journey 2002
Sur Internet
Site officiel :
www.minocinelu.com
Presse :
Le Monde Interactif, portrait de Mino
Cinelu, 30 octobre 1999
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