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Il serait plus rapide de citer les musiciens qu'il n'a pas cotoyé que ceux avec qui il a joué. En effet, de Miles Davis à Weather Report, de Michel Portal à Dizzy Gillespie, mais également Sting, Colette Magny, Peter Gabriel, Bernard Lubat, Pat Metheny, Bernard Lavillier et beaucoup d'autres, la liste évoque un gigantesque "inventaire à la Prévert". Et le hasard n'est pour rien dans ces rencontres.
Il jouait avec son groupe (Etienne Mbappé à la basse, Mitch Stein aux guitares et le DJ Joe Clausell) le 12 mars à la Luciole (Alençon). Une bonne occasion de revenir sur des moments-clés de son parcours, de découvrir sa vision de la musique en général et des percusssions en particulier. Portrait d'un musicien en quête permanente...
  
propos recueillis le 12 mars 2000 par S. Barthod En plus de l'interview, vous trouverez la biographie et une discographie sélective de Mino Cinelu.
  
  

Tu es né à Saint-Cloud et tu vis à New York, c’est une sacrée balade, non ?
J’ai fait beaucoup de voyages… voyage dans les Antilles à 7 ans, onze jours de traversée en mer, j’ai vécu un an en Angleterre, je suis revenu, mis le cap aux Antilles, grandi en France, et j’ai beaucoup voyagé en Europe avant de partir aux États-Unis ; j’ai un côté gitan, j’ai besoin d’apprendre et de rencontres… pour apprendre, il faut rencontrer les gens, et c’est impossible en restant au même endroit. C’est comme le jeu de la fléchette : on part où la fléchette arrive. Moi j’ai dit « le prochain groupe qui m’appelle et qui part, je les suis, où que ce soit ». Il s’est avéré que c’était les États-Unis, et ça fait maintenant 20 ans que j’y suis.

Et justement, à New York, comment s’est passée la rencontre avec Miles Davis ?
J’étais le batteur d'un groupe (Franck and Cindy Jordan, NDLR) avec lequel on a joué dans un club qui s’appelait le Mikell’s qui n’existe malheureusement plus, dans lequel beaucoup de musiciens passaient, George Benson, Chaka Khan… Et aux États-Unis, on est très vite catégorisé ; quand je jouais de la basse à l’église, on croyait que je n’étais que bassiste, quand je jouais de la batterie dans les clubs de jazz, on croyait que je n’étais que batteur. Comme je me sentais un peu rouillé à la percu et que je souhaitais utiliser tous les instruments dont j’aime jouer, j’ai demandé au groupe de chercher un autre batteur. Ils l'ont trouvé une semaine avant le gig, et le destin a voulu que Miles passe ce soir-là alors qu’il cherchait justement un percussionniste.

Il y a mille façons d’aborder la percu : un traitement plus rythmique, plus coloriste, etc. Comment te situes-tu par rapport à l’instrument ?
Je n’ai pas d’a priori, mais je me souviens avoir été pur et dur quand j’étais très jeune, jusqu’à ne plus utiliser les baguettes parce que je trouvais ça impur ! J’avais des peaux, je les montais moi-même, j’attendais une semaine avant que ça sèche ; je faisais des tambours et c’était devenu une sorte de rituel. Ça m’a permis d’approfondir le tambour, qui est quand même à la base du drum. Ensuite je me suis ouvert l’esprit, et j’ai découvert par exemple un instrument qui paraît aussi ridicule que le triangle, et qui pourtant, quand on entend un orchestre symphonique, arrive d’un coup au-dessus de l’harmonie, et rend la chose complète. Ça m’a intéressé de voir ce qu’on pouvait faire avec cet instrument d’apparence si anodine, presque puéril et qui m’intriguait. Là-dessus, j’ai développé un délire… Omar Hakim me disait que j’étais fou de faire ce truc là devant 20 000 personnes. Mais la musique, c’est au-delà de l’instrument, c’est l’histoire qu’on raconte.

Tu n’es d’ailleurs pas qu’instrumentiste, tu es compositeur, arrangeur, producteur… Arrives-tu à équilibrer toutes ces activités ?
J’essaie ! C’était un challenge d’ailleurs dans l’album, de ne pas tout mettre dans le même panier. Je me suis servi de la maturité acquise en tant que producteur pour faire une auto-critique honnête qui a permis de mener à bien ce voyage qu’est l’album, qui est éclectique, mais avec un point de départ et un point d’arrivée.

Sur cet album, on retrouve le titre « Confians » que tu avais joué avec Weather Report. Le morceau existait déjà ou bien tu l’as composé pour le groupe ?
Il était récent, j’avais dû le composer au début de mon travail avec Weather Report, mais pas spécialement pour le groupe. Joe (Zawinul, NDLR) a voulu écouter ma musique, il a flashé sur ce morceau et on l’a fait. C’était assez bizarre, parce qu’il a même relevé les parties de clavier, et il les a rejouées telles quelles au lieu de faire son propre truc. Je me suis retrouvé à jouer les autres instruments pour faire juste un guide, et c’est finalement resté comme ça au mixage

Les paroles de cette chanson te racontent un peu, non ?
Rien de bien nouveau… Aznavour l’a dit dans « La bohême », croire en ses rêves et continuer, essayer de le faire sans égoïsme, et de tenir, ça n’est pas toujours facile. J’ai dû bosser pour acheter mes premiers instruments, j’ai fait tous les métiers, j’ai fait mes premières tournées en stop, à dormir à la belle, réveillé par la rosée au bord de la route. C’était mon histoire, d’autres ont suivi un parcours différent. Quand on sent vraiment ce qu’on a en nous, il faut vivre sa passion, c’est très important. C’est un « message » très simple, très basique.

Tu travailles aussi bien avec des musiciens de jazz qu’avec des chanteurs français ou anglo-saxons : Bernard Lavillier, Peter Gabriel, Sting… Y-a-t il continuité pour toi entre les différents styles ?
Il y a continuité du fait qu’une musique est sincère ou non, quelle qu’elle soit, classique, jazz ou autre. Il y a des « gangsters » en classique aussi, ou en jazz, il y a de la médiocrité partout, mais la continuité pour moi, c’est d’essayer de m’associer à des gens de qualité, quelle que soit la musique, si elle est sincère et qu’elle me touche, ça m’intéresse. J’ai même pris mon pied en faisant de la Country Music, parce qu’il y a une certaine âme dans cette musique, pas la même que celle que j’ai rencontré dans les églises gospel à Harlem ou à New Jersey, mais il y a vraiment de la soul dans cette musique aussi. J’ai mis des années à comprendre ça : à une époque, je me moquais du musette, je n’étais pas très respectueux vis-à-vis de gens comme Yvette Horner par exemple, qui est pourtant une sacrée instrumentiste… on n’est pas toujours prêt à le recevoir, peut-être que certains ne le recevront jamais et je ne dis pas que j’ai forcément raison, mais c’est une choses que j’ai compris avec la maturité. Je ne vais pas pour autant me mettre à jouer du musette, mais je reconnais le talent de certains artiste dans cette musique comme dans le jazz ou le classique.

Je pensais à la difficulté de jouer avec des musiciens qui, eux, sont parfois enfermés dans des styles, des « clans »
Pour moi, c’est intéressant d’apporter autre chose qui ne devrait pas coller a priori, et par mon ouverture, leur faire écouter autre chose. Si on se connaît un peu plus musicalement et humainement, la musique ne stagne pas, et on peut briser les styles. Avec Herbie (Hancock, NDLR), on a fait des plans de rock et de country comme de jazz. J’ai besoin de ça, c’est ma nature. Mais il y a aussi des gens qui ont trouvé leur voie dans un style plus défini.

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