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Tu
es né à Saint-Cloud et tu vis à New York, c’est une sacrée
balade, non ?
J’ai
fait beaucoup de voyages… voyage dans les Antilles à 7 ans, onze
jours de traversée en mer, j’ai vécu un an en Angleterre, je suis
revenu, mis le cap aux Antilles, grandi en France, et j’ai beaucoup
voyagé en Europe avant de partir aux États-Unis ; j’ai un côté
gitan, j’ai besoin d’apprendre et de rencontres… pour apprendre,
il faut rencontrer les gens, et c’est impossible en restant au même
endroit. C’est comme le jeu de la fléchette : on part où la
fléchette arrive. Moi j’ai dit « le prochain groupe qui
m’appelle et qui part, je les suis, où que ce soit ». Il
s’est avéré que c’était les États-Unis, et ça fait maintenant
20 ans que j’y suis.
Et
justement, à New York, comment s’est passée la rencontre avec
Miles Davis ?
J’étais le
batteur d'un groupe (Franck and Cindy Jordan, NDLR) avec lequel on a joué dans un club qui
s’appelait le Mikell’s qui n’existe malheureusement plus, dans
lequel beaucoup de musiciens passaient, George Benson, Chaka Khan…
Et aux États-Unis, on est très vite catégorisé ; quand je
jouais de la basse à l’église, on croyait que je n’étais que
bassiste, quand je jouais de la batterie dans les clubs de jazz, on
croyait que je n’étais que batteur. Comme je me sentais un peu
rouillé à la percu et que je souhaitais utiliser tous les
instruments dont j’aime jouer, j’ai demandé au groupe de chercher
un autre batteur. Ils l'ont trouvé une semaine avant le gig,
et le destin a voulu que Miles passe ce soir-là alors qu’il
cherchait justement un percussionniste.
Il
y a mille façons d’aborder la percu : un traitement plus
rythmique, plus coloriste, etc. Comment te situes-tu par rapport à
l’instrument ?
Je n’ai pas
d’a priori, mais je me souviens avoir été pur et dur quand j’étais
très jeune, jusqu’à ne plus utiliser les baguettes parce que je
trouvais ça impur ! J’avais des peaux, je les montais moi-même,
j’attendais une semaine avant que ça sèche ; je faisais des
tambours et c’était devenu une sorte de rituel. Ça m’a permis
d’approfondir le tambour, qui est quand même à la base du drum.
Ensuite je me suis ouvert l’esprit, et j’ai découvert par exemple
un instrument qui paraît aussi ridicule que le triangle, et qui
pourtant, quand on entend un orchestre symphonique, arrive d’un coup
au-dessus de l’harmonie, et rend la chose complète. Ça m’a intéressé
de voir ce qu’on pouvait faire avec cet instrument d’apparence si
anodine, presque puéril et qui m’intriguait. Là-dessus, j’ai développé
un délire… Omar Hakim me disait que j’étais fou de faire ce truc
là devant 20 000 personnes. Mais la musique, c’est au-delà de
l’instrument, c’est l’histoire qu’on raconte.
Tu
n’es d’ailleurs pas qu’instrumentiste, tu es compositeur,
arrangeur, producteur… Arrives-tu à équilibrer toutes ces activités ?
J’essaie !
C’était un challenge d’ailleurs dans l’album, de ne pas tout
mettre dans le même panier. Je me suis servi de la maturité acquise
en tant que producteur pour faire une auto-critique honnête qui a
permis de mener à bien ce voyage qu’est l’album, qui est éclectique,
mais avec un point de départ et un point d’arrivée.
Sur
cet album, on retrouve le titre « Confians » que tu avais
joué avec Weather Report. Le morceau existait déjà ou bien tu
l’as composé pour le groupe ?
Il était récent,
j’avais dû le composer au début de mon travail avec Weather
Report, mais pas spécialement pour le groupe. Joe (Zawinul, NDLR) a voulu
écouter ma musique, il a flashé sur ce morceau et on l’a fait.
C’était assez bizarre, parce qu’il a même relevé les parties de
clavier, et il les a rejouées telles quelles au lieu de faire son
propre truc. Je me suis retrouvé à jouer les autres instruments pour
faire juste un guide, et c’est finalement resté comme ça au mixage
Les
paroles de cette chanson te racontent un peu, non ?
Rien de bien nouveau… Aznavour l’a dit dans « La bohême »,
croire en ses rêves et continuer, essayer de le faire sans égoïsme,
et de tenir, ça n’est pas toujours facile. J’ai dû bosser pour
acheter mes premiers instruments, j’ai fait tous les métiers,
j’ai fait mes premières tournées en stop, à dormir à la belle, réveillé
par la rosée au bord de la route. C’était mon histoire, d’autres
ont suivi un parcours différent. Quand on sent vraiment ce qu’on a
en nous, il faut vivre sa passion, c’est très important. C’est un
« message » très simple, très basique.
Tu
travailles aussi bien avec des musiciens de jazz qu’avec des
chanteurs français ou anglo-saxons : Bernard Lavillier, Peter
Gabriel, Sting… Y-a-t il continuité pour toi entre les différents
styles ?
Il y a
continuité du fait qu’une musique est sincère ou non, quelle qu’elle
soit, classique, jazz ou autre. Il y a des « gangsters »
en classique aussi, ou en jazz, il y a de la médiocrité partout,
mais la continuité pour moi, c’est d’essayer de m’associer à
des gens de qualité, quelle que soit la musique, si elle est sincère
et qu’elle me touche, ça m’intéresse. J’ai même pris mon pied
en faisant de la Country Music, parce qu’il y a une certaine âme
dans cette musique, pas la même que celle que j’ai rencontré dans
les églises gospel à Harlem ou à New Jersey, mais il y a vraiment
de la soul dans cette musique aussi. J’ai mis des années à
comprendre ça : à une époque, je me moquais du musette, je n’étais
pas très respectueux vis-à-vis de gens comme Yvette Horner par
exemple, qui est pourtant une sacrée instrumentiste… on n’est pas
toujours prêt à le recevoir, peut-être que certains ne le recevront
jamais et je ne dis pas que j’ai forcément raison, mais c’est une
choses que j’ai compris avec la maturité. Je ne vais pas pour
autant me mettre à jouer du musette, mais je reconnais le talent de
certains artiste dans cette musique comme dans le jazz ou le
classique.
Je
pensais à la difficulté de jouer avec des musiciens qui, eux, sont
parfois enfermés dans des styles, des « clans »
Pour moi, c’est
intéressant d’apporter autre chose qui ne devrait pas coller a
priori, et par mon ouverture, leur faire écouter autre chose. Si on
se connaît un peu plus musicalement et humainement, la musique ne
stagne pas, et on peut briser les styles. Avec Herbie (Hancock, NDLR),
on a fait des plans de rock et de country comme de jazz. J’ai besoin
de ça, c’est ma nature. Mais il y a aussi des gens qui ont trouvé
leur voie dans un style plus défini.
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