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Le violoniste Didier Lockwood nous a fait le plaisir de venir jouer pour la deuxième année consécutive à la Ferme Culturelle du Bessin. Nous avons profité de l'occasion pour lui poser quelques questions sur son parcours de musicien et sur la formation musicale en France.

Voir aussi la discographie du violoniste
 

propos recueillis le 9 juin 2012 par Stéphane Barthod

Les débuts n’ont pas toujours été faciles sur l’instrument ?

Ça n’a pas été malheureux, ça a été mon parcours d’enfant au conservatoire. Il y a eu des bons moments… Effectivement, j’apprenais la musique ; chez moi apprendre la musique, c’était comme faire du sport, comme d’aller à l’école, c’était normal. J’aimais plutôt bien jouer du violon mais c’est vrai que l’enseignement était très rigoureux, un peu brutal même, donc il y a des moments où j’aurais préféré jouer avec mes petits copains au football que de jouer du violon avec des répertoires qui n’étaient pas toujours très intéressants. Mais je faisais heureusement beaucoup de choses à côté en musique…

QUELQUES VIOLONISTES DE JAZZ,
AVANT LOCKWOOD...
 
Stéphane Grappelli est né en 1908 à Paris et mort en 1997. Compagnon de route de Django Reinhardt pendant de nombreuses années, il a été accompagné par deux contrebassistes normands : Michel Gaudry dans la deuxième moitié des années 60 et Jean-Philippe Viret de 1989 à 1997.
 
Michel Warlop est né en 1911 à Douai et mort en 1947, à seulement 36 ans. Après une formation classique, il s'intéresse au jazz dès le début des années 1930 et fait partie des pionniers de cette musique en France.
 
Papa John Creach est né en 1917 à Beaver Falls (Pennsylvanie) et mort en 1994 à Los Angeles ; il a été notamment violoniste de Jefferson Airplane, Hot Tuna, Jefferson Starship ou encore The Dinosaurs.
 
Jean-Luc Ponty est né à Avranches en 1942 (voir le dossier Jean-Luc Ponty)
 
Michal Urbaniak est né en 1943 à Varsovie. On le retrouve notamment aux côtés de Miles Davis sur l'album Decoy (Pologne)
 
Zbigniew Seifert est né à Cracovie (Pologne) en 1946. Il joue notamment avec Tomasz Stanko, Oregon, Kenny Barron. Il disparaît hélas très tôt à 32 ans seulement, emporté par un cancer. Didier Lockwood écrit en son hommage le titre « Zbiggy » qui clôt l’album « New World » enregistré en 1979.
 
Jerry Goodman est né en 1949 à Chicago (Illinois) ; il a été membre du Mahavishnu Orchestra après avoir participé à un septet de rock intitulé « The Flock »

Le plaisir de l’instrument, du jeu, est venu comment ?

Le jeu, le grand plaisir vraiment, est venu quand j’ai commencé le jazz : ça a été la liberté… Mais j’aimais bien jouer avec mon père qui jouait du violon, on jouait tous les dimanches des petits duos ensemble et c’était très agréable. Mais c’est vrai que la vrai liberté en musique, je l’ai approchée dès que j’ai commencé le jazz. C’était peut-être encore plus difficile parce que pour devenir musicien de jazz, ça demande beaucoup d’aptitudes et de travailler beaucoup les fondamentaux ; il faut devenir musicien mais artiste également, et « improviser, ça ne s’improvise pas ! »

Vous jouez aussi d’autres instruments, saxophone, trompettes

J’ai commencé avec le violon, puis j’ai fait un peu de trompette, dix ans, du piano, toujours au conservatoire, puis j’ai commencé le saxophone plus tard... J’ai vite compris que dans le jazz, il n’y avait pas beaucoup de violonistes : c’est lorsque j’ai écouté Jean-Luc Ponty que j’ai décidé… J’ai été fasciné par son jeu, sa manière de démocratiser l’instrument, de changer complètement le son, c’était complètement moderne ; c’était complètement autre chose, ce n’était plus le violon « à la papa » ou même à la Grappelli. Grappelli était quand même resté ancré dans le son et la tradition classiques. C’est vrai que je me suis vite aperçu effectivement que de jouer du violon jazz, ça étonnait les gens, on n’était pas nombreux : il y avait Zbigniew Seifert, violoniste polonais, Michal Urbaniak, Papa John Creach, Jerry Goodman et Jean-Luc Ponty (voir encadré ci-contre).

La première expérience importante a été avec Magma ?

J’avais 18 ans… Ça aussi, c’était important parce que j’ai appris mon métier et puis ça n’était pas du jazz encore, c’était du jazz rock. Pour moi, Magma, c’était le premier groupe gothique… Quand je vois des gothiques aujourd’hui, ça me fait rire parce que Magma, c’était « en plein dedans » vraiment !

C’était un groupe dont vous étiez fan avant d’y jouer…

Oui, j’ai vu ça à la télé un jour et puis j’ai été séduit tout de suite parce que je voyais des extra-terrestres passer à la télé… c’était rare ! Donc j’ai décidé à 14 ans qu’un jour je jouerais dans Magma et trois ans c’est arrivé : je suis allé passer une audition avec mon frère Francis qui est pianiste ; c’est lui qui m’a fait connaître le jazz et ces musiques-là.
Jean-Marie Salhani (NDLR éditeur des premiers albums du violoniste) est quelqu’un qui a beaucoup compté également…
AccueilAprès Magma, lorsque je jouais dans le big band de Michel Colombier, j’ai rencontré Stéphane Grappelli et je dois dire que ça a lancé ma carrière dans le milieu du jazz ; à partir de là, j’ai été « repéré  »… Je suis passé au Grand Échiquier et dès le lendemain, je recevais des coups de téléphone des grands musiciens de jazz pour aller jouer avec eux : Texier, Romano, Humair, François Jeanneau et puis surtout, après ce démarrage, un enchaînement immédiat avec ma signature chez MPS qui était la grande boîte de jazz européenne à l’époque, Polygram, et mon premier disque solo accompagné par Tony Williams, Gordon Beck et Niels-Henning Ørsted Pedersen.

Tout de même…

Oui, c’était bien ! Comme je le dis à mes étudiants, il faut oser, il faut y aller ; si on craint de ne pas être prêt, on ne le sera jamais ! J’ai eu du culot, j’y suis allé, mais j’avais quand même de bonnes bases.

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