Accueil    

 

Interview de Richard Galliano (suite)

< retour page précédente

                             Ce soir, on entendra des compositions "sur mesure" et aussi des compositions existantes et ré-arrangées.
   Il y a ce concerto que j’ai écrit pour accordéon et cordes, des petites pièces, aussi, de quatre-cinq minutes, le concerto qu’a écrit Piazzolla pour bandonéon et orchestre… Là par exemple, c’était pour un orchestre beaucoup plus grand, avec plus de cordes, mais moi j’aime bien cette formation avec douze cordes ou quatorze cordes au maximum, parce que c’est très vif, comme réaction, comme écoute aussi, parce que dans un grand orchestre, il y a très souvent une inertie, on est loin. Là c’est bien, et puis le dosage aussi. Par exemple ce soir, on joue complètement acoustique, et je crois que c’est à peu près dosé, entre l’accordéon et l’orchestre, je ne suis pas "bouffé" par l’orchestre. S’il y avait trois fois plus de cordes, c’est sûr qu’il faudrait amplifier. L’amplification, c’est encore un autre problème : ou c’est un plus, ou c’est un moins dans le sens où ça peut tuer l’émotion.

En parlant justement d’amplification et d’émotion, que pensez-vous des accordéons synthétiseurs actuels ?
   J’ai beaucoup donné avant tout le monde… Dans les années soixante-dix, j’avais un accordéon que j’avais fait relier à un mini-moog, donc c’est avant le MIDI, ça, et après, je l’ai fait relier à un Prophet V. Et puis lorsque, je ne sais pas, peut-être dix-douze ans plus tard, il y a eu l’avènement du MIDI, on a branché ça sur l’accordéon, ça commençait à me désintéresser parce que je trouvais qu’avec le MIDI, il y avait un léger retard quand même, et puis des sons moins intéressants que le mini-moog.

Et un problème de dynamique.
   Oui, oui. Alors moi je préférais jouer avec un mini-moog qu’avec des modules de synthés en MIDI. Je crois que cette chose, l’accordéon synthé, à l’époque où je l’ai fait, c’était intéressant : les fabricants ne m’ont pas suivi, ils me prenaient pour un fou complètement, et ils ont fait ça quinze ans après. Moi, j’estimais que quinze ans après, c’était trop tard. Maintenant le synthétiseur, ça n’intéresse plus grand monde. Bon , il y a des gens comme Zawinul qui s’en servent très bien, mais les musiciens, le public préfèrent les instruments acoustiques.

A part l’orchestre de Toscane, des projets discographique ?
   Il y a un disque, le mois prochain, avec Humair et Jenny-Clarke, en trio, on va l'enregistrer et il sortira en octobre, le 13 octobre exactement, et ça s’appellera "A French Touch". Ce disque, je suis très content de le faire avec eux, pour Dreyfus, toujours.

Après avoir beaucoup tourné ensemble ces derniers temps...
   Oui, ça fait trois ans, un peu plus, trois ans et demi, qu’on tourne ensemble, et là il était temps de faire un disque : maintenant, je crois que c’est le moment. J’enregistre ça la semaine prochaine. Après ce concert, je descends dans le sud quelques jours, et puis après on va enregistrer l’album.

Et d’autres projets à venir ?
   Le mois de mai est chargé, je vais en Israël, en Espagne, et puis un concert important à Paris, au Théâtre des Champs Elysées en duo avec Portal. Ca c’est une chose très importante, premièrement c’est de faire entendre la musique, deuxièmement il faut remplir la salle aussi, entre 1500 et 2000 personnes. Sur Paris, c’est toujours un peu un challenge, surtout de se retrouver tous les deux, Michel et moi, devant ce théâtre. Donc, le mois de mai j’ai deux choses importantes. Juin, c’est un peu plus calme, j’ai des concerts aussi, notamment cinq jours à Montréal avec des formations différentes : le dernier soir, ça sera les cordes, il y a le duo avec Michel, il y a le New-York tango avec Foster et Bireli.

Un tour d’horizon…
   Oui voilà, c’est le Festival qui m’a proposé ça, et moi je trouve que c’est une aubaine, parce que l’année dernière j’y suis allé en solo simplement, et là cette année, ils me proposent de faire cinq soirées comme ça. C’est bien, le Canada, c’est toujours important de mettre un pied un peu à l’extérieur, plutôt que de tourner en rond et finir par ennuyer les gens.

De Portal à Sclavis, il n’y a qu’un pas, on vous retrouve justement sur un morceau dans le dernier Louis Sclavis ("Danses et Autres Scènes" - Label Bleu LBLC 6616)
   Oui, en fait, ça c’était un enregistrement que Sclavis m’avait demandé pour le "Musique de scènes", donc j’ai enregistré ça, mais c’est pas du tout du jazz, c’est vraiment pour une scène très rétro, très java, et après, son producteur de label Bleu m’a demandé si j’acceptais que le morceau figure dans le disque et j’ai dit OK. Enfin, ca n’est pas du tout représentatif de sa musique ni de la mienne, c’est comme une séance d’enregistrement comme j’en ai fait des milliers, toujours avec cœur, mais pas toujours artistique.
Il y a en revanche, des rencontres qui comptent beaucoup, notamment avec des musiciens sud-américains Hermeto Pascoal, Astor Piazzolla...
   Il y a des musiciens comme Hermeto Pascoal, Gismonti, qui sont des très grands musiciens, des gens que j’aime profondément. Il y a un peu une hiérarchie dans les musiciens, il y a les bons et les très bons, il y a les mauvais… eux ce sont de très bons musiciens. Il y a aussi ce que j’aime beaucoup, comment dire, ce que je respecte : les identités vraiment originales. Je pense en France à Eddie Louiss qui a vraiment une personnalité, je pense à Portal dans son jeu, dans son attitude musicale, il est très très original. Et puis après, il y a les gens qui prennent un peu la suite. Par exemple si on parle de Sclavis, pour moi, c’est quand même un disciple de Portal, c’est un musicien qui s’est beaucoup inspiré de Portal et qui fait son truc personnel maintenant. Et j’aurais plus tendance à aller vers Michel qui est pour moi plus authentique.
   Le parcours de Portal m’intéresse plus que celui de Sclavis, parce que Portal est un musicien qui a fait comme moi beaucoup de choses, il fait de l’accompagnement, il a fait du classique, il a fait des séances d’enregistrement, il a fait même du cirque, il a travaillé aussi avec des chanteurs, comme moi, Nougaro, Barbara, et ça c’est important, le parcours d’un musicien, après je crois que le public est sensible à ça, à ce que peut raconter un musicien sur scène, sans noyer le poisson, parce qu’avec toutes ces choses free, un peu improvisation libre... c’est vrai qu’on peut faire passer quelque chose toujours au public, mais bon, ma musique en général est basée sur des compositions, et les improvisations sont des variations de ces compositions. Il m’arrive quelquefois de faire des improvisations ouvertes, mais ce n’est pas quelque chose que j’affectionne beaucoup.

Dans un entretien paru dans Jazz magazine, vous disiez "finalement, je joue assez free"
(Jazz magazine n°448 – mai 95)

   Oui, c’est vrai que quelquefois, on se retrouve dans des situations où on joue avec des musiciens comme ça, donc on peut aller dans le même sens. Par exemple avec Michel Portal, je l’ai ramené vers la mélodie, les harmonies et ces choses-là, et lui est nettement moins free, on en parlait récemment. Il y a une époque pour tout. Aujourd’hui, jouer free, ouvert, essayer de provoquer le public, je me demande si ça a vraiment un sens. Personnellement, en tant que public ou musicien, j’ai besoin de belles harmonies, de belles mélodies, de choses qui swinguent, de choses qui font du bien, parce que la vie est tellement stressante qu’on ne peut pas jouer la musique des années 70 aujourd’hui.

Le free peut être autre chose qu’un courant musical, il est aussi dans les choix qu’on fait, dans la liberté qu’on se donne.
   Oui, le free, ça peut-être ça. Et puis aussi poétique... On a une image du free simplement agressif, ça peut être aussi quelque chose de très ouvert…

Accueil    
accueil sommaire haut de page